A l'attention de Madame Anne Le Henanff, Ministre deleguee a l'IA et au Numerique

Tarbes numérique, laboratoire vivant des territoires d'équilibre

Pour un numérique territorial co-construit, simple et robuste

1. Contexte

Madame la Ministre,

A l'occasion de votre venue a Tarbes le 20 avril 2026, je souhaitais vous transmettre cett note issu d'un collectif citoyen et universitaire.

Ce collectif s'organise autour de la nouvelle majorite municipale tarbaise ainsi que plusieurs autres communes des environs (mandature 2026-2032). Ce groupe de pensée réunit élus, universitaires, acteurs économiques, tissu associatif et citoyens engagés, articulant à chaque cercle une compétence et un horizon : court terme opérationnel, moyen terme programmatique, long terme idéal. Pour ma part, Maître de conférences à l'UTTOP (4ème université technologique française) et expert d'un numérique différents ("distribué", "éthique", "holonique"), favorisant le lien humain en le plaçant comme clé de voute des système d'authetification notamment, je porte avec d'autres une proposition : faire de Tarbes un laboratoire vivant du numérique territorial souverain visant les territoires d'équilibre (ville moyennes, communes rurales et hyper rurales). Il nous semble que Tarbes, avec la nouvelle université, pourrait être particulièrement pertinentes pour co-construire cette vision.

L'objet du présent document est triple. Il s'agit d'abord de partager une vision, celle d'un numérique simple, robuste et co-construit, alternative crédible à la double impasse de l'hyperscale et de l'hébergement artisanal. Il s'agit ensuite de décrire l'architecture matérielle et logicielle qui la rend operationnelle. Il s'agit enfin de solliciter, modestement, la possibilite d'une rencontre ultérieure : un contact leger, non engageant, mais qui maintient la voie ouverte.

2. Tarbes, laboratoire vivant du numérique non-metropolitain

Le constat

Le numérique tel qu'il s'est déployé ces deux dernieres décennies dans nos territoires demeure largement centralisé, opaque et fragile. Performant, certes, mais la performance n'est pas la robustesse. Les architectures dominantes concentrent la donnée, externalisent la décision technique, et exposent les collectivités à des dépendances dont la directive NIS2 nous rappelle aujourd'hui le coût. Dans ce récit, les villes moyennes et les espaces ruraux sont absents, ou réduits au role d'utilisateurs tardifs de solutions pensées ailleurs, à d'autres echelles, pour d'autres usages. L'ouvrage de Kate Crawford et Vladan Joler, Calculating Empires, à dressé l'inventaire visuel et historique de cette concentration : une géographie de l'extraction matérielle, énergetique et cognitive dont les territoires comme le notre sont a la fois fournisseurs et oubliés.

Notre conviction, partagée au sein du collectif, est qu'une autre voie est non seulement possible, mais nécessaire, et qu'elle peut etre expérimentée dès maintenant, à une echelle qui en demontre la viabilite sans en ecraser le sens.

La proposition

Trois inspirations structurent notre approche. La convivialite d'Ivan Illich nous rappelle qu'un outil n'est tel que s'il est utilisé par chacun pour son propre projet : le numérique territorial doit redevenir appropriable, lisible, modifiable par la collectivite qui s'en sert. La robustesse d'Olivier Hamant, distincte de la simple resilience, nous invite à préferer la redondance, la lenteur féconde et l'hétérogénéite du vivant à l'optimisation à outrance ; un systeme robuste accepte l'imperfection comme condition de sa pérennite, et préfère plusieurs solutions modestes à une seule solution parfaite mais cassante. Enfin, le principe KISSES (que nous proposons comme extension territoriale du KISS informatique (Keep It Simple and Stupid) articule cinq qualités complementaires et essentielles de notre époque : Simple, Singulier, Ethique, Soutenable.

De ces trois sources émerge une vision : un numérique qui embrasse le changement précisement parce qu'il est ancré, simple, redondant et humain. Non un numérique qui résiste au changement par rigidité, mais un numérique qui l'accueille parce que sa simplicité même autorise l'adaptation continue, à l'ère des IA génératives.

Le levier démocratique

L'apport le plus original de cette approche n'est pas technique mais démocratique. Là où le débat institutionnel oscille entre représentation classique et Référendum d'Initiative Citoyenne, nous proposons un déplacement : fluidifier les flux d'information entre le citoyen et la décision publique, dans les deux sens, en continu. Concrétement, il s'agit de capter les frustrations individuelles (un trottoir abimé, une démarche illisible, une attente non entendue) non comme des plaintes à traiter, mais comme des graines participatives dont peuvent germer des solutions collectives. Le rôle du numérique territorial devient alors de capter, d'orienter, de relier, d'accelerer, de simplifier, et pas seulement d'organiser le vote. Le RIC repond a une question ; ce que nous proposons construit la question elle-même, et accompagne sa transformation en proposition partagée. Une interface et une base spatio-temporelle commune à l'echelle territoriale constituent dans cette perspective un veritable commun numérique, au même titre que la voirie ou l'éclairage public. (nb: pas suffisant... que sous l'ange du vote alors que l'objet est al creation de lien et d'interaction appuyé par des technologies numériques simples et universelles... il manque aussi le cote holonique avec groupes indépendants et flux maitrisés.  caque niveau décide de ce qu'il envoie au niveau supérieur... ou a un niveau a vrai dire inferieur ou de pair à pair).

Le role de l'humain

Nous assumons un parti pris qui peut surprendre : la confiance numérique se construit par l'humain, pas par la procédure cryptographique seule. Le mot de passe, la double authentification, le masquage des donnees sont des outils : ils ne fondent pas la relation. (nb: nous proposons même de repenser cette phase... et si aucun mot de passe n'était necessaire...) La création du lien passe par la présence, la rencontre, l'engagement réciproque. Le numérique enregistre, accompagne, persiste, il ne remplace pas le moment ou deux personnes se reconnaissent (ou passe par une authentification tierces via présentation d'une pièce d'identite... pas forcement numérique). Ce choix à des conséquences concrètes : nous journalisons les actions, nous savons que tout système peut etre compromis, et nous prévoyons les contournements et la redondance comme des propriétes naturelles, pas comme des defaillances. Lorsqu'un citoyen souhaite récupérer ses traces "numériques" (nb: d'ailleurs une forme d'obligation RGPD), nous proposons une recovery distribuée : solliciter chacun des acteurs avec lesquels il a partage des données pour reconstituer ce qu'ils en savent. Ce processus est lent, manuel, partiellement humain, et c'est une qualité.

Ce que Tarbes propose

Tarbes (43 000 habitants, ville d'équilibre dans les Pyrénées, siège d'une université de technologie (UTTOP) et d'une intercommunalité dynamique) offre un terrain rare pour expérimenter cette doctrine à echelle non-metropolitaine, sur un territoire d'équilibre. Le tissu y est suffisamment dense pour que les acteurs se connaissent, suffisamment ouvert pour qu'ils acceptent d'expérimenter, et suffisamment représentatif des villes moyennes francaises pour que les enseignements en soient transférables. Quatre forces s'y articulent : la recherche (UTTOP et ses différents laboratoires de recherche en science pour l'ingénieurs et en siences humaines et sociales), la politique (nouvelle majorité avec une ambition numérique transversale liant culture, économie, citoyenneté et activité), l'echelle intercommunale (Agglomeration Tarbes-Lourdes-Pyrenees et autres) et un tissu associatif et entrepreneurial deja engagé dans des projets concrets : accompagnement associatif, signalement citoyen, géothermie pédagogique, art urbain, lutte contre le déterminisme social. Nous proposons de constituer ce terrain en laboratoire vivant non-metropolitain reconnu, capable de produire à la fois des demontrateurs opérationnels et une capitalisation scientifique.

3. Infrastructure : distribution territoriale et hébergement souverain distribué

L'applicatif ne suffit pas. La visions que nous portons n'a de sens que si elle s'incarne dans une infrastructure matérielle pensée comme un commun territorial. C'est précisement sur cette dimension que se concentre notre principal besoin d'appui.

Il s'agit d'imaginer, à l'echelle d'un département comme les Hautes-Pyrenees ou plus largement des Pyrnénées centrales, un maillage de petits serveurs sobres et redondants, hébergés au plus près des usages : en mairie, dans les locaux d'EPCI, au sein d'etablissements publics ou de structures associatives mutualisées. Ces noeuds, modestes individuellement, gagnent leur robustesse par leur multiplicité et par les liens qu'ils entretiennent entre eux. Nous ne cherchons pas la performance d'un data center hyperscale, mais la suffisance distribuée : ce qui est nécessaire au fonctionnement local, là où il se produit, avec une mutualisation départementale ou regionale pour la sauvegarde, la securite et les charges qui dépassent le niveau communal (architecture holonique).

Une telle infrastructure suppose de reflechir à un modèle universel de noeud territorial : materiel sobre, longévite matérielle assumée, consommation énergétique compatible avec une geothermie ou une chaleur fatale locale, opérabilite par des compétences accessibles aux collectivités moyennes. Elle ouvre egalement la voie à une filière industrielle d'intéret national : de petites entreprises specialisées (distribuées sur tout le territoire) dans la fourniture, l'installation et la maintenance de ces noeuds, ainsi que dans des solutions de réseau alternatif mobilisables en cas de défaillance des reseaux principaux, sujet hautement aligné avec les enjeux NIS2 que vous avez vous-même portés.

C'est ici, Madame la Ministre, que votre soutien serait le plus précieux : non pour subventionner une plateforme logicielle de plus, mais pour aider à structurer et sécuriser cette strate materielle souveraine sans laquelle aucune souveraineté logicielle n'est durable. Les communes rurales, les villes d'equilibre et les associations en sont les premiers bénéficiaires potentiels. Il s'agit avant tout d'une architeure de communication et pas de calcul a proprement parlé (même si cela n'est pas exclu).

4. Logiciel : principes du SIS

Sur le versant logiciel, notre proposition s'articule autour d'une primitive simple : le SIS, Systeme d'Information Singulier. Chaque entite (citoyen, agent, école, association, commune, intercommunalité, departement) possede son propre SIS : un espace de données atomiques, geospatialisées, versionnées, dont elle est seule propriétaire. Une brique commune, le (nb: génraliser ici car tres depandant de mes choix) SIS-Core, fournit en vanilla JavaScript et via les standards ouverts du web (IndexedDB, JSON, REST) les mécanismes de stockage local, de versioning et de synchronisation. Elle est déliberement frugale : pas de framework lourd, pas de dépendance propriétaire, un code lisible et modifiable par toute equipe disposant de competences web standard (nb: définir frugal - proposer des choix... ici approche web, car navigateur universel et technologie mature - PWA evite dependance aux stores américains propriétaires... avec des limites dans les possibilités d'interaction...=> a terme un android souvenarin serait pertinent...   hard et soft... et OS. le web affranchit de l'OS).

Cette architecture est local-first : la donnée est souveraine à la source, jamais confiée par défaut à un cloud distant. Elle est conservée d'abord là ou elle naît, puis peut etre synchronisée, fédérée ou partagée, mais cette circulation est seconde, jamais constitutive. Elle est également holonique : chaque échelon territorial (entité, commune, intercommunalité, département, région, nation) fonctionne comme un holon, a la fois autonome (nb: préservant son autonomie et son integration) dans son fonctionnement et partie d'un tout plus large, selon la conceptualisation d'Arthur Koestler reprise par les systemes industriels distribués. La subsidiarité y est inscrite par construction : ce qui peut etre traité au niveau N reste au niveau N ; seul ce qui depasse N monte a N+1. Aucun niveau ne depend d'un point unique de defaillance ; le maillage remplace la centralisation (nb: parler de N-1 et aussi des lien direct sans architecture de groupe... sorte de pair a pair... individu a individu - quide. groupe a groupe ? ca parait pas forcément pertinent... binome a binome ?  j dois faire des representations par graphe des ces typologies de relations - avec en particluer le

Le RGPD y trouve enfin son terrain naturel, et c'est pour nous le pilier implicite qu'il convient d'expliciter. La minimisation, la souverainete de l'individu sur ses donnees, le droit a la portabilite, le droit a l'oubli : autant de principes qui, dans une architecture centralisee, supposent des couches de procedures et de controles surajoutas, et qui dans une architecture local-first deviennent des proprietes natives. Le RGPD cesse d'etre une contrainte de conformite pour devenir une forme architecturale. A cela s'ajoute un alignement de fait avec NIS2 (segmentation, journalisation, MFA par construction) et la loi SREN.

Une dimension scientifique sous-tend cette architecture : la Promise Theory de Mark Burgess, qui modelise la confiance distribuee par des promesses inter-agents et fournit un cadre formel a la federation inter-holons sans recours a une autorite centrale. Cet ancrage theorique fait l'objet de travaux de recherche en cours a l'UTTOP, articulant sciences de l'ingenieur et sciences humaines et sociales (projets Symbiosis et Symbiolink).

5. KISSES : les cinq qualites

Le principe KISSES n'est ni un slogan ni une recette ; c'est un critere de reussite substitue a la performance. Cinq qualites, indissociables.

  • Simple, parce que la complexite est l'ennemie de la souverainete : ce que la collectivite ne peut comprendre, elle ne peut pas le maitriser, et ce qu'elle ne maitrise pas la maitrise en retour.
  • Singulier, parce que chaque entite (humaine ou institutionnelle) possede une trajectoire propre que le numerique doit honorer plutot qu'aplatir ; le SIS est la traduction technique de cette singularite.
  • Ethique, parce qu'aucune architecture n'est neutre : choisir le local-first, expliciter les flux, refuser la surveillance par defaut sont des decisions morales autant que techniques.
  • Soutenable, parce qu'un numerique qui consomme plus qu'il ne produit de valeur sociale et qui externalise ses couts environnementaux n'a pas de futur, car la sobriete materielle et la longevite du hardware sont ici au coeur.
  • Solidaire, enfin, parce qu'un numerique territorial n'a de sens que s'il rend possible la cooperation entre acteurs, l'inclusion des moins outilles, et la mutualisation entre collectivites de tailles inegales.

Le RGPD, dans cette grille, n'est pas une sixieme lettre ajoutee : il est present dans chacune, ethique par vocation, soutenable par minimisation, solidaire par portabilite, singulier par souverainete individuelle, simple par conception native. L'expliciter ainsi evite d'en faire un appendice procedural.

6. Conclusion : une demande simple

Madame la Ministre, nous ne sollicitons a ce stade ni financement ni annonce. Nous sollicitons la possibilite d'un contact maintenu, mecanisme leger et non engageant qui maintienne la voie ouverte entre un collectif territorial qui experimente et un cabinet ministeriel qui pilote la doctrine nationale. Concretement, il s'agirait de pouvoir vous adresser, le moment venu, des notes courtes documentant l'avancement de nos demontrateurs, et de solliciter une rencontre ulterieure (a Bercy, a Tarbes, ou en visioconference) lorsque les premiers resultats operationnels permettront d'en discuter utilement.

Le soutien que nous appelons de nos voeux porte de maniere privilegiee sur la dimension materielle et infrastructurelle. Sur le logiciel, le tissu universitaire, associatif et entrepreneurial local sait faire et fait deja. Sur le hardware en revanche (la definition d'un noeud territorial standard, la structuration d'une filiere de fourniture et de maintenance pour les communes rurales et les villes d'equilibre, l'articulation avec les acteurs nationaux du cloud souverain pour les couches hautes), votre concours, et celui des operateurs publics que vous animez (DINUM, ANCT, FNCCR, Banque des Territoires, ADEME), serait determinant.

Tarbes propose un terrain, une doctrine, une equipe, et la patience d'une experimentation qui se mesure en annees. Nous serions honores que vous acceptiez d'en suivre, a distance et au rythme qui vous conviendra, le deploiement.

Je me tiens a votre disposition, ainsi que de votre cabinet, pour tout echange ulterieur.

References et travaux en cours

Bibliographie

  • Ivan Illich, La Convivialite, Seuil, 1973.
  • Olivier Hamant, Antidote au culte de la performance. La robustesse du vivant, Gallimard, 2023.
  • Kate Crawford & Vladan Joler, Calculating Empires. A Genealogy of Technology and Power, 1500-2025, 2023.
  • Arthur Koestler, The Ghost in the Machine, Hutchinson, 1967 (theorie holonique).
  • Mark Burgess, Promise Theory. Principles and Applications, 2014.
  • Doctrine KISSES : Simple, Singulier, Ethique, Soutenable, Solidaire (Beler, en cours de publication).

Travaux et demontrateurs en cours